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Prier comme Daniel

Le 20 octobre 2026 par dans Réflexion

Lorsque Daniel sut que le décret était signé, il monta dans sa maison où les fenêtres de la chambre haute étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem ; et trois fois par jour, il se mettait à genoux, il priait et louait son Dieu, comme il le faisait auparavant.

Daniel 6.11.

Daniel et la fosse aux lions… Qui ne connaît pas cette histoire ? Elle a tout ce qu’il faut pour plaire : un complot, des méchants, un roi crédule et un gentil qui finit par gagner. Elle est si connue, qu’il nous arrive de la lire de manière détachée. Et pourtant, c’est l’un des enseignements les plus profonds que la Bible nous offre sur la prière.

Prier, une habitude

« Lorsque Daniel sut que le décret était signé, il monta dans sa maison […] il priait et louait son Dieu, comme il le faisait auparavant. » Avez-vous déjà remarqué que ce verset est bancal ? Il boite. En français, il commence par cette idée de soudaineté « Lorsque », suivi du passé simple. On est dans l’action, quelque chose va arriver. Et puis, l’auteur passe à l’imparfait, le temps de l’habitude et de la routine. Une manière de nous dire qu’en réalité, rien n’a changé, que tout est comme cela a toujours été, comme « auparavant ». Oui, ce verset boite, et c’est intentionnel. Cette boiterie devrait nous interpeller, nous qui sommes si souvent dans l’action, dans la ré-action. Je reconnais qu’il m’est plus facile de crier à l’injustice, de râler, d’argumenter. Mais Daniel nous propose un autre chemin. Un chemin inconfortable, où, de prime abord, on pourrait avoir l’impression de boiter. Daniel nous invite à le suivre dans la voie de la routine même quand tout semble contre nous, même quand on subit des injustices… même quand notre monde s’effondre brusquement.

Seulement voilà, pour pouvoir monter calmement dans sa maison, entrer dans sa chambre et s’agenouiller quand les « lorsque » surgissent sans crier gare, il faut déjà avoir créé une certaine habitude. Je suis frappée par le calme de Daniel, qui contraste avec mon attitude ordinaire. Et je me demande depuis combien de temps, Daniel gravit, trois fois par jour, les marches de son escalier pour prier son Dieu. Lors de l’épisode de la fosse aux lions, Daniel est un vieil homme. Peut-être cela fait-il des années qu’il prie ainsi, de manière régulière, routinière. Et j’admire le fruit que porte cette discipline quand vient l’épreuve.

L’attitude de Daniel n’est pas légaliste. Elle nous montre simplement à quel point cet homme dépendait de Dieu. Lui, le Premier ministre du plus grand royaume de la terre, éprouve le besoin de prier son Dieu trois fois par jour ! Combien son attitude me remet en question : bien trop souvent j’ai l’impression de manquer de temps, et je fais l’impasse sur ce moment d’intimité avec Dieu. Alors que Daniel s’agenouille, s’humilie, je suis frappée par cette posture. La Bible rapporte souvent des prières faites debout (1 Rois 8.22 ; Matthieu 6.5 ; Luc 18.11), mais ici, Daniel semble adopter une attitude de supplication, comme d’autres l’ont fait avant lui (Psaumes 95.6 ; 2 Samuel 12.16). Cette posture n’est pas propre à ce moment précis où l’épreuve surgit, elle n’est pas le résultat de l’inquiétude de Daniel. C’était son habitude, nous dit le texte.

Je dois me rendre à l’évidence : boiter m’est inconfortable. Je préfère bomber le torse, me grandir et crier à l’injustice que de m’humilier, non pas devant les autres, mais bien devant Dieu. C’est en lisant ce verset, ce simple verset, que je découvre la valeur de la discipline. Je ne sais pas prier comme Daniel parce que je ne l’ai pas suffisamment pratiqué – en temps de paix comme d’épreuve.

Prier et louer

« Daniel priait son Dieu. »

Le livre de Daniel ne cesse de nous rappeler la puissance de Dieu. Il est grand et redoutable (Daniel 9.4), le Très-Haut (Daniel 4.21), le Dieu des dieux (Daniel 2.47). Et pourtant, il est le Dieu de Daniel ! Le Dieu qui a décrété l’exil de son peuple (Daniel 1.2), qui est souverain sur les nations (Daniel 2.37) et sur le cours de l’histoire (Daniel 2.21) est aussi un Dieu personnel qui se laisse trouver. Cette vérité me bouleverse à nouveau. Si le Dieu de Daniel est aussi mon Dieu, alors pourquoi suis-je si irrésolue à m’approcher de lui ? Pourquoi ai-je tant de mal à mettre en place cette habitude ? Pourquoi est-ce que d’autres choses semblent plus importantes ? Qu’il est parfois difficile d’admettre mon besoin de Dieu.

Daniel avait besoin de Dieu, mais peut-être pas comme nous pourrions le penser, à la lumière de la crise qu’il s’apprête à vivre. Daniel ne semble pas avoir uniquement prié pour sa délivrance. L’a-t-il fait d’ailleurs ? Rien ne le dit explicitement. Daniel a prié comme à son habitude, c’est-à-dire qu’il a « prié et loué » Dieu. Il a loué Dieu ! Voilà ce qu’un homme de foi fait quand il va au-devant de circonstances tragiques : il loue Dieu.

Cette attitude recadre mes priorités. Je ne suis pas au centre du plan de Dieu ; Dieu devrait être au centre de mes préoccupations. S’il n’est pas faux de prier pour que Dieu intervienne et change nos circonstances, il est aussi opportun et juste de le louer, quelle que soit notre situation. La bonté et la fidélité de Dieu n’ont pas changé quand l’infâme décret a été signé. La sainteté et la justice de Dieu n’ont pas été altérées par la décision du roi ou les manœuvres des conspirateurs. Quelles que soient mes circonstances, Dieu reste le même… et il est toujours digne de mes louanges et de mon adoration. Facile à dire, à écrire quand tout va bien…

Prier avec espérance

Quand j’étais enfant, un de mes livres imagés montrait les comploteurs en train de regarder par la fenêtre pour tenter de surprendre Daniel en train de prier. Mais le texte nous présente les choses autrement. Daniel était dans sa chambre haute ; à moins d’avoir une bonne et grande échelle, difficile d’espionner Daniel par la fenêtre. Non, le texte veut nous dit autre chose : « Les fenêtres de la chambre haute étaient ouvertes dans la direction de Jérusalem. » Daniel était-il devenu un rigoriste qui pense que Dieu n’exauce ces prières que s’il elles sont faites d’une certaine manière ? Évidemment non. Prier ainsi, c’est une façon pour Daniel de dire à Dieu son espérance : celle de voir Jérusalem libérée et à nouveau habitée par le peuple de Dieu.

Encore une fois, même en pleine tempête, Daniel ne pense pas à lui. Il a en vue la gloire de Dieu et les promesses faites au peuple. Il m’invite à être plus ambitieuse dans mes requêtes et à ne pas demander que des exaucements de prières qui n’ont trait qu’à ma petite personne. Il m’encourage à demander à Dieu d’accomplir ce qu’il a promis. Daniel se basait sur les prophéties de Jérémie, qui annonçait que l’exil prendrait fin d’ici peu. Nous, qui vivons de ce côté-ci de la croix, nous attendons aussi la fin d’un exil pour enfin nous trouver dans notre maison céleste, là où la gloire de Dieu sera pleinement manifeste. Oui, Dieu a promis que Jésus reviendrait et comme j’aimerais être plus souvent de ceux qui prient « reviens bientôt ».

Nous pouvons prier comme Daniel, parce que Jésus était plus que Daniel

Prier comme Daniel est difficile : quelle discipline, quelle abnégation, mais surtout quelle dépendance à Dieu ! Bien souvent, je me dis que ma vie de prière est surtout le reflet de mon immaturité spirituelle… et quand je suis accablée par ma propre faiblesse, je peux lever les yeux vers mon Sauveur, car c’est vers lui que pointe ce texte.

Aviez-vous déjà remarqué tous les parallèles et points communs entre cet épisode de la vie de Daniel et la mort de Jésus : des comploteurs de hauts rangs dans les deux récits, un roi ou un gouverneur lâche, la pierre posée devant la fosse ou le tombeau, les scellés et cette sortie miraculeuse du trou à l’aube, au moment où le jour se lève.

Mais ce verset 11, qui relate la prière de Daniel, souligne encore davantage cette réalité. Il nous ramène dans une autre chambre haute, celle où Jésus mange le dernier repas avec ces disciples. Mais ce n’est pas dans cette chambre que Jésus prie. Il sort, nous dit Luc et comme à son habitude (Luc 22.39), il se rend sur le mont des Oliviers – pas la peine d’ouvrir les fenêtres sur Jérusalem, il y est. Mais cette fois, Jérusalem n’apportera aucun réconfort, et Jésus le sait (Matthieu 23.37). Pourtant, comme Daniel, il loue Dieu, avec des psaumes chantés (Matthieu 26.30). Et puis, lui aussi, il s’agenouille et, par trois fois, il supplie Dieu.

Nous ne savons pas exactement ce que Daniel a prié, mais nous savons exactement ce que notre Sauveur a prié. Daniel semblait calme. Jésus était « triste à en mourir » (Matthieu 26.37), pétri d’angoisse. Daniel a prié « son Dieu », Jésus à prier « son Père ». Je me suis souvent dit que, d’une certaine manière, c’est dans ce jardin que mon salut s’est joué. Ce sont ces prières qui ont scellé mon sort. Ce jardin, c’était encore l’occasion de reculer pour Jésus. De jeter l’éponge. C’est le dernier moment pour descendre du bus. Le traître et son armée n’étaient pas encore là ; les disciples dormaient. Il pouvait encore se glisser hors du jardin, partir en douce. Mais non, il s’agenouille et il dit : « Que ta volonté soit faite. » Combien cette prière, qui ressemble à un renoncement, est puissante ! Elle envoie Jésus à la croix, elle m’ouvre la voie du salut.

Daniel avait en vue le retour de l’exil, la restauration de Jérusalem. Jésus avait en vue quelque chose de bien plus grand : notre restauration, notre retour de cette terre d’exil qu’est le péché, notre gloire commune et une joie complète, partagée (Hébreux 12.2). Dieu a fermé la bouche des lions pour Daniel, mais les crocs de la mort se sont bel et bien refermés sur Jésus. Mais à l’inverse de Daniel, Jésus est Dieu et la mort ne pouvait pas le retenir. Jésus n’a pas seulement été vainqueur des lions, il a vaincu la mort, le péché, le diable. Et cette victoire a aussi été remportée dans la prière.

La Bible ne me promet pas que Dieu exaucera toutes mes prières, qu’il fermera la bouche de tous les lions que je pourrais rencontrer. Elle me promet mieux que cela : un jour, Jésus reviendra en gloire, pour faire justice et être avec les siens. Jésus a ouvert les fenêtre de ma chambre haute, il m’offre une espérance bien meilleure. Et cette espérance m’invite à « louer et prier mon Dieu », comme le faisait déjà Daniel.

Miryam L.